vendredi 17 avril 2020

Éveillez-vous !

Paulus de Félix Mendelssohn

5 septembre 1837. « Paulus, une œuvre de l’art le plus pur, une œuvre de paix et d’amour… ». Schumann est transporté par la représentation du nouvel oratorio de son ami Félix Mendelssohn. Il est inspiré par Hændel et surtout, par l’œuvre de Bach, que Mendelssohn a fait récemment redécouvrir au public allemand après un siècle de silence. Dans cet ouvrage qui retrace la vie de Saint Paul, un chœur reprend le célèbre choral du veilleur de Bach : Wachet auf ruft uns die Stimme, « Éveillez-vous ! » nous crie la voix, sur le texte de Matthieu 25, avec toute la puissance romantique de Mendelssohn…

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.

Tiré de l’évangile de Saint Matthieu, la parabole des vierges saintes et des vierges folles est le texte du Choral du veilleur. Il est habituellement lié au temps de l’Avent, mais il semble tout aussi opportun en ce moment. Rester éveillé, pour la plupart d’entre nous, confinés et frustrés par l’inaction ? Comment aider ? Comment ne pas s’endormir ?

Nous sommes toujours dans le temps de la joie pascale et celle-ci s’exprime pleinement cette semaine. Associons-lui la musique de Mendelssohn (1809-1847), ce « romantique heureux », délicieux pléonasme pour décrire ce compositeur hyperactif mort à 38 ans, ami de Berlioz, Schumann, admiré par Gœthe et dont ce Paulus fera entrevoir à Wagner les forges tumultueuses de son grand-œuvre opératique à venir…

Félix Mendelssohn

Félix Mendelssohn, Wilhelm Hensel

Enfant prodige (comme sa sœur Fanny, pianiste virtuose et compositrice interdite…), pianiste et chef d’orchestre, il compose son premier opéra à 12 ans. À 16, il a déjà à son actif une douzaine de symphonies, cinq concertos… Il voyage beaucoup, compose sans cesse, est au centre du mouvement romantique, mais bientôt méprisé et quelque peu oublié suite à la montée de l’antisémitisme en Allemagne. Aujourd’hui, il est encore sous-estimé, sans doute à cause d’une musique jugée trop heureuse.

Mendelssohn admirait Hændel et surtout Bach, dont il désirait ardemment suivre les pas, modèle d’artisan comme il se définissait, sans cesse au travail, aimant citer la locution Nulla dies sine linea. (Pas de jour sans une seule ligne). Le mercredi 11 mars 1829, Félix alors âgé de 20 ans, devant une salle de près d’un millier de spectateurs, dirige la Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach, que l’on avait plus entendue depuis la mort du compositeur en 1750. Cette date est considérée comme l’acte de naissance de la redécouverte de Bach.

Son œuvre romantique est d’une grande facture et d’un grand raffinement – que ce soit ses symphonies, sa musique de chambre, ses œuvres pour piano et pour orgue ou sa musique vocale, sacrée. Mais elle est également toute imprégnée de Bach : Mendelssohn restera fortement influencée par l’art déployé dans la Passion selon Saint Matthieu, dialogues récitatifs, contrepoint, utilisation des chorals, à la fois méditatifs et à variations…

La vie de Saint Paul

La conversion de Saint Paul, Le Caravage, Santa Maria del Popolo, Rome

Paulus est un oratorio (drame lyrique jouée en situation de concert) en deux parties qui retrace la vie de Saint Paul. Mendelssohn y fait entendre le thème du choral du veilleur pour symboliser la légendaire conversion de Saint Paul.

PaulusOuverture
Rundfunkchor Leipzig, GewandhausKinderchor, Gewandhausorchester Leipzig.
Direction Kurt Masur

Exposé magnifiquement dès l’ouverture instrumentale de l’œuvre, le choral est introduit après l’épisode de la conversion par un grand crescendo choral inspiré du texte d’Isaïe, 60 : Mets-toi en route ! Deviens lumière ! Ce déploiement majestueux convoque toutes les forces orchestrales et vocales (à la création de l’œuvre : 172 musiciens et 364 choristes !) soutenu par le tutti de l’orgue.

PaulusChœur Mache dich auf! Werde Licht!
Rundfunkchor Leipzig, GewandhausKinderchor, Gewandhausorchester Leipzig.
Direction Kurt Masur

Surgit alors le grand choral majestueux, accompagné par les cordes de l’orchestre, dont les phrases grandioses semblent rejaillir d’une cantate imaginaire, finement teinté de l’harmonisation de Mendelssohn :

« Éveillez-vous! », nous crie la voix des veilleurs très haut sur les créneaux;
« Éveille-toi, ville de Jérusalem!
Éveillez-vous, l’époux arrive, levez-vous, prenez les lampes,
Alleluia! préparez-vous à l’éternité,…

De chaque respiration de ce choral sonnent des interludes de fanfares de cuivres. Pour la dernière phrase, les deux masses sonores s’unissent en une invitation conclusive :

…Il faut que vous alliez à sa rencontre.

On imagine aisément la forte impression que Paulus a pu faire sur le jeune Wagner par la suite !

PaulusChœur Wachet auf! ruft uns die Stimme!
Rundfunkchor Leipzig, GewandhausKinderchor, Gewandhausorchester Leipzig.
Direction Kurt Masur

Toujours fluide et d’une évidence universelle, d’une joie simple, la musique de Mendelssohn nous invite au projet grandiose de Dieu à travers le mystère de la Rédemption. Il réussit à faire la continuité avec le Judaïsme – son père était un juif qui avait converti sa famille au protestantisme – dans son oratorio, grâce au symbole de la conversion de Saint Paul et de ses écrits.

Oui la légère tribulation d’un moment nous prépare, bien au-delà de toute mesure, une masse éternelle de gloire.

2 Co 5, 10 ; 13-15 ; 17
Salvator mundi, Leonardo da Vinci, Louvre Abou Dabi

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *