jeudi 30 avril 2020

Si tu restes avec moi

Bist du bei mir, Jean-Sébastien Bach

Au cours des années 20, les lecteurs anglais découvrent avec passion la traduction de ce qu’il paraît être le récit autobiographique de la seconde femme de Bach, Anna Magdalena. Le livre décrit des scènes touchantes du foyer familial, racontées par une femme aimante et dévouée. Parmi celles-ci, Jean-Sébastien offre un cahier musical à sa femme, dans lequel il lui a écrit une chanson d’amour qu’elle dit ne pas pouvoir chanter en la découvrant, tant sa voix tremble d’émotion : Bist du bei mir… Mais quel fut véritablement la vie intime de Jean-Sébastien Bach ?

Il nous reste malheureusement très peu d’éléments qui permettent de reconstituer la vie privée de Bach1 : il n’y a pas de lettres ni écrits ou notes de sa main, il n’avait pas de temps pour ça. De plus, tous les lieux liés à sa vie ont été détruits, modifiés ou reconstruits : églises, orgues, écoles, maisons… À part certaines lettres familiales et documents administratifs liés à ses emplois et des témoignages indirects recueillis par son premier biographe Forkel dès sa mort – qui peuvent parfois être sujets à caution –, il ne nous reste que le plus important : sa musique.

Jean-Sébastien Bach était aussi violoniste…

Il n’y a donc pas de récit autobiographique. Ni de Jean-Sébastien, ni de sa seconde femme, Anna-Magdalena ! En 1721 – année de la création de ses Concertos Brandebourgeois – suite à la mort tragique de sa première femme Maria Barbara, Jean-Sébastien se remarie avec Anna-Magdalena Wilcke, de 16 ans sa cadette. Excellente musicienne, elle chante à la cour de Coethen et joue au clavier. Jean-Sébastien lui offre rapidement en 1722 un premier carnet de musique, dont il nous reste quelques feuillets. En 1725, un nouveau cahier relié est ouvert, véritable album musical de famille auquel Anna Magdalena et les enfants vont participer. Ce cahier mystérieux va susciter de nombreuses interrogations.

La couverture du cahier de 1725

Il contient des œuvres pour clavier et des airs à chanter, de différents compositeurs, y compris de Jean-Sébastien (essentiellement des réemplois) : partitas, menuets, polonaises, chorals, arias et un poème de noces. La musique a été choisie et recopiée par presque tous les membres de la maison, y compris Gottfried Heinrich, le simple d’esprit. Le choix des musiques est à la fois pédagogique – on utilise encore des éditions de ce carnet pour l’apprentissage du piano – mais également miroir intime du foyer familial. Comme les compositeurs ne sont pas toujours mentionnés dans le manuscrit, la plupart des œuvres ont été attribuées à Jean-Sébastien Bach. De plus, il est difficile de distinguer l’écriture d’Anna Magdalena de celle de son mari, celle-ci se confondant peu à peu avec la sienne au cours des années de mariage et d’intense collaboration musicale2. L’un des airs les plus fameux copié par Anna Magdalena, a ainsi été attribué d’office à Jean-Sébastien, symbole de leur amour conjugal :

Si tu restes avec moi, alors j’irai en joie
Vers ma mort et mon doux repos.
Ah ! Comme elle serait heureuse, ma fin,
Tes jolies mains fermant mes yeux fidèles!

Bist du bei mir, BWV 508
Bist du bein mir. Benjamin Appl, bariton. Concerto Köln

La plupart des chorals et des airs du carnet parlent d’amour et de mort, comme de paix retrouvée. Assurément profane, Bist du bei mir reflète cependant bien le caractère général de l’album familial : pas de théologie, mais de la philosophie simple de la vie de famille, des textes symboliques qui jouent avec l’ambivalence mystique de l’union avec le Christ. Le repas de noces comme banquet céleste, la dévotion et la confiance en Dieu, que l’on peut retrouver dans le choral Wachet auf, par exemple (voir le Paulus de Mendelssohn).

Pour un lecteur du début du XXème siècle (le carnet musical est publié en Allemagne en 1903), Bist du bei mir devient rapidement la métaphore de l’amour conjugal des Bach, l’illustration de l’image Luthérienne du père Bach d’une part, la cristallisation de l’épouse aimante et dévouée d’autre part. Un peu plus tard, en 1930, paraissait la traduction allemande d’un ouvrage déjà sorti anonymement à Londres 5 ans plus tôt : La petite chronique d’Anna Magdalena Bach. Suite à la découverte du carnet et de sa figure centrale féminine, les allemands croient lire la véritable autobiographie de l’épouse de Bach, l’éditeur ayant sciemment omis le nom de l’auteur. Esther Mynell, l’une des auteures anglaises de l’ouvrage doit alors se découvrir, mais la confusion aura la vie dure, tant l’on se convainc et s’enthousiasme à lire cette cristallisation sentimentaliste de la vie amoureuse de l’épouse du Maître allemand. (En réalité, transposition de la véritable histoire d’amour de l’écrivaine, qui s’emploie à utiliser certains éléments biographiques de Bach pour écrire un roman à l’eau de rose.)

Gravure d’un livre de chansons publié à Leipzig en 1736. Certains pensent que les personnages représentés peuvent être Bach et sa femme Anna Magdalena

Il s’avèrera un peu plus tard que le célèbre Bist du bei mir n’a pas été écrit par Bach, mais tiré de l’opéra Diomède du compositeur allemand Gottfried Heinrich Stölzel !3 Le mythe semble s’effondrer définitivement ! Et alors ? À y écouter de plus près, Bist du bei mir répond bien aux attentes et à l’immense responsabilité qu’on lui incombe ! Ne soyons pas, tel au musée, à regarder l’auteur d’un tableau dans le doute, avant de pouvoir s’autoriser les commentaires élogieux que l’on est en droit de faire lorsqu’il s’agit d’un peintre reconnu…

Anna Magdalena a probablement recopié un air connu de l’époque, que Bach ou elle a pu entendre et apprécier à l’opéra. Par sa seule présence dans le cahier, l’air a valeur pédagogique et musicale. Toute la musique du carnet était véritablement jouée en famille, tous les enfants jouaient au moins d’un instrument et chantaient. Si les Bach menaient une « existence, somme toute, banale, de famille nombreuse de petite bourgeoisie » (Gilles Cantagrel), la musique, en revanche, y avait une place centrale. Jean-Sébastien s’attelait à transmettre son savoir au sein de la cellule familiale, dans le sérieux de la foi Luthérienne, comme dans la joie de vivre de l’intimité du foyer et le plaisir simple de faire de la musique ensemble. Comme le remarque Gilles Cantagrel, la Hausmusik y est bien le pendant remarquable de la Hauskirche, la petite église domestique du foyer familial.4

Bach et sa famille à la prière du matin ! – Peinture de Toby Edward Rosenthal, 1870. Auparavant exposé au Musée de Leipzig.

L’air est dit de forme da capo : il contient deux strophes qui sont chacune répétées, puis l’on rechante le tout à la fin de l’air. Dans le manuscrit attestant l’origine de la composition (un recueil contenant 5 airs tirés de l’opéra de Stölzel), la musique est orchestrée pour 2 violons, alto et basse continue. La copie du carnet ne comprend que la partie chantée et la basse continue. (La basse continue, dans la musique baroque, est un système d’accompagnement, réalisé par un ensemble de musiciens qui jouent et résolvent l’harmonie représentée uniquement par la partie de basse.5). On peut également noter que la partie de basse chez Bach est légèrement réécrite. Assurément, l’air a été choisi pour son texte, mais sûrement pour sa musique également, dont la douce tendresse et les quelques harmonies chromatiques évoquent l’émotion d’un amour simple et éternel. La marche calme de la basse assoie l’ensemble sur l’acceptation sereine de la mort qui nous attend.

Bien sûr, la majorité des interprétations (on dénote près de 120 enregistrements !) font un peu la sourde oreille et jouent, inconsciemment ou pas, sur l’évocation de l’amour conjugal des Bach, plutôt que sur les codes d’un banal air d’opéra. (De même que l’on a continué à attribuer l’air à Bach lors de la première élaboration du catalogue en 1950, alors que l’on avait déjà découvert les airs de Stölzel au début du siècle). La redécouverte de Bach par Mendelssohn au moment du romantisme, l’élaboration d’une image quasi-Wagnérienne de Bach comme artiste surhumain au fil des ans – en témoignent les interprétations épiques et édifiantes par des chefs habitués aux exécutions post-romantiques tels que Klemperer ou Karajan ! –, la lente gestation des études historique et musicologiques sur la musique baroque et cette caractéristique intrinsèque de l’art de Bach comme musique pouvant être réduite à l’état de concept : tout ceci a contribué à ce que nous connaissons aujourd’hui…

Une interprétation mythique des années 50 qui contribua au succès de l’air :
Elisabeth Schwarzkopf accompagnée par Gerald Moore au piano
Un style d’interprétation représentatif de l’époque

Bach est devenu l’objet d’un fantasme universel, tant sur le plan littéraire, avec les parutions d’ouvrages comme La petite chronique d’Anna Magdalena Bach, ou Sex, Death and Minuets : Anna Magdalena and Her Musical Notebooks de David Yearsley qui, tout en analysant la vision paternaliste du roman d’Esther Mynell, tombe dans l’excès inverse en voulant faire d’Anna Magdalena une femme au foyer dans l’ombre de son mari imaginant des liaisons avec son secrétaire.6 Sur le plan musical également, où chaque jour sort une nouvelle transcription d’une œuvre de Bach pour instruments exotiques ou encore par exemple la relation excessive et quasi mystique qu’a pu entretenir Glenn Gould avec Les Variations Goldberg.7)

Barry Lyndon de Stanley Kubrick

C’est pour cela, que ceux que l’on appelle les baroqueux à partir des années 60, des hommes et des femmes musiciens et universitaires, comme Gustav Leonhardt ou Nikolaus Harnoncourt, ont étudié la facture instrumentale et analysé la musique de cette époque pour la produire dans un souci de vérité historique et par là-même d’intention. Se pose alors le problème de la musique ancienne en général : comment « combiner la science de la découverte de l’expression dans les textes avec l’art de la communiquer. » ? (Christopher Hogwood)

Et de là, la question de l’émotion dans la musique sacrée et liturgique. Que faut-il faire de la popularité d’une œuvre ? Jusqu’à quel point le texte liturgique ou théologique doit-il primer ? Ce sont là les questions principales du musicien d’église comme l’organiste, par exemple. Des questions que s’est posé sans nul doute Jean-Sébastien Bach, dont la musique réussit à conjuguer la dialectique et l’affect, d’une certaine manière. Tout ceci nous amène au cinéma dans les années 60…

En 1968 sort Chronique d’Anna Magdalena Bach, un film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, sorte d’antithèse cinématographique du roman anglais d’Esther Mynell. Film en gestation depuis la rencontre du couple en 1954, Straub et Huillet, partant du principe que la musique seule nous parle de Bach, réalisent un film dont la musique est centrale, mais qui reste au même plan que le reste.8 En évitant d’utiliser la musique pour créer des sommets émotionnels, ils évitent l’évocation divine de la figure de Bach. Ils confrontent le musicien à son époque, au contexte, aux seuls éléments biographiques documentant la vie de Bach. Par dessus tout, ils veulent filmer la musique en train de se faire, avec des prises de son direct et sans utiliser de montage. Ils convainquent Gustav Leonhardt de jouer le rôle de Bach, engagent Harnoncourt et les garçons chanteurs de Hanovre. Le premier plan nous montre Leonhardt jouant l’incroyable cadence finale du 5ème Concerto Brandebourgeois au clavecin dans un plan fixe sur ses mains – qui ne s’agitent pas comme celles de Bach – en finissant par un bref travelling arrière sur l’orchestre de trois quart dos. Aucune pièce de musique n’est coupée, leur enchaînement sur fond de voix off raconte la vie de Bach jusqu’à sa mort. Il s’agit de l’un des plus beaux films sur la musique, véritablement honnête et radical (comme toute l’œuvre de Straub et Huillet), même si la musique n’est pas l’objet principal : ils avaient « d’abord envie de raconter une histoire d’amour. »

Une scène du film : Anna Magdalena s’entraîne au clavecin sur le fameux cahier de musique

Dans une projection publique il y a quelques années, Jean-Marie Straub dit avoir voulu filmer ce que l’on ne filme jamais : le vent dans les arbres, mais sans le vent ni les arbres ! Le mouvement de la musique. Une réflexion qui peut nous faire penser à celle de Jésus à Nicodème, que nous avons lue la semaine dernière : « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » (Jn 3, 8). Nous attendons la Pentecôte, certes dans l’adversité pour la plupart d’entre nous, mais à l’image du Bach bien humain, que nous pouvons apprendre à connaître par sa musique, nous gardons confiance en Dieu.

Un peu plus loin dans le cahier, Bach écrit probablement cet air en fa mineur copié par Anna Magdalena : 9

Pourquoi t’affliges-tu ?
[…]
Si tu ne te confies pas fermement
À la volonté de Dieu,
Tu ne pourras, dans l’éternité,
Trouver le vrai repos

Warum betrübst du dich, BWV 516
Warum betrübst du dich, BWV 516. Johannette Zomer, Pieter-Jan Belder

Image d’illustration : Christiane Lang dans Chronique d’Anna Magdalena Bach de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet


Bibliographie

  • Allin, Ingeborg : Anna Magdalena Bach. MUGI, 2013
  • Cantagrel, Gilles : Bach en son temps. Fayard, 1997.
  • Cantagrel, Gilles : Le moulin et la rivière. Air et variations sur Bach. Fayard, 1998.
  • Lyon, James : J.S. Bach Chorals. Sources hymnologiques des mélodies, des textes et des théologies. Beauchesne, 2005
  • Rieffel, Claude : Chronique d’Anna Magdalena Bach. À l’écoute, les yeux ouverts. avoir-alire.com, 2012
  • Sadie, Julie Anne (dir.) : La musique baroque. Fayard, 1995
  • Tomita, Yo : Anna Magdalena as Bach’s Copyist. Bach Network UK 2007
  • Turquety, Benoit : Overture, First Movement. The Invention of Chronik der Anna Magdalena Bach. Academia
  • Vidaln Pierre : Bach et la machine-orgue. Stil éditions, 1973

Discographie

  • BACH
    Benjamin Appl, Baryton
    Concerto Köln
    Sony classical, 2018
  • Notenbüchlein für Anna Magdalena
    Johannette Zomer, Soprane. Pieter-Jan Belder, clavecin
    Brillant classics, 2006

Filmographie

  • Chronique d’Anna Magdalena Bach
    Réal. Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, 1968
    Avec Gustav Leonhardt et Christiane Lang
    Louer le film en vod

Notes
  1. Beaucoup d’exagérations se sont développé depuis le XIXème siècle, tant dans l’interprétation de sa musique et la littérature s’y rapportant, que dans son attribution. Nous avons vu comment la musique de Bach est progressivement redécouverte grâce à Mendelssohn. À partir de 1850, la Bach-Gesellschaft est créée dans le but de produire une édition fidèle et complète de l’œuvre de Bach. Elle emploiera jusqu’à 600 personnes et sera dissoute en 1899 à la publication de son dernier volume. Mais l’édition contient de nombreuses erreurs et de fausses attributions, les études sur la musique baroque et le contexte historique de Bach ne sont pas encore très développées. En 1900 est alors créée la Neue Bach-Gesellschaft ! Le catalogue de Bach ne cesse de changer en fonction des découvertes et des études. Beaucoup d’œuvres célèbres qui lui ont été attribuées depuis longtemps se sont avérées être des œuvres apocryphes. 
  2. L’étude des manuscrits de Anna Magdalena peut suggérer que sa collaboration fut un peu plus musicale que celle d’un simple copiste. 
  3. Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) est un compositeur allemand, auteur d’un grand nombre d’œuvres dont nous avons très peu de traces, parmi des opéras, des cantates et une Brockes Passion miraculeusement retrouvée et rejouée en 1997. Il fut très populaire en son temps et Bach a probablement apprécié sa musique et joué certaines de ses cantates. 
  4. Il faut tout de même ajouter que cette formation musicale était quelque peu intéressée, dans le sens où Jean-Sébastien avait bien besoin de toutes ces petites mains pour copier toutes les partitions nécessaires aux exécutions hebdomadaires des cantates, par exemple… 
  5. Certains y verront une forme d’obsession de ma part, mais on peut encore faire le rapprochement avec le jazz, dont la forme classique du standard consiste en une mélodie et des accords chiffrés utilisés pour résoudre l’harmonie selon l’improvisation des musiciens. Dans la musique baroque, on parle de basse chiffrée. Celui qui résout l’harmonie, le claveciniste ou le luthiste par exemple, le fait en toute liberté, seule la basse est écrite. 
  6. Nous n’aurons jamais le dernier mot sur la véritable personnalité d’Anna Magdalena. Mais voici ce que nous savons, à part ce qui peut transparaître des carnets : à 20 ans elle épouse Jean-Sébastien et doit s’occuper de quatre de ses enfants à la maison. À 33 ans, elle a perdu 7 enfants sur les 10 qu’elle a en 13 ans de mariage avec Jean-Sébastien. À la mort de son mari et jusqu’à sa mort elle continue d’élever les 4 derniers enfants mineurs encore à la maison et refuse de se remarier, alors que la situation pouvait largement le justifier – comme J.S. le fit trente ans plus tôt. Elle s’occupe de la gestion de la musique pour les églises dont s’occupait Jean-Sébastien jusqu’à l’arrivée de son successeur, date à laquelle elle doit alors déménager. Elle doit également s’occuper de la publication et de la transmission de certaines des œuvres de J.S. Elle ne reçoit que très peu d’aide de la part des enfants à part Carl Philipp Emanuel et meurt 10 ans plus tard dans une extrême pauvreté. Il est intéressant de remarquer que dès 1790, une encyclopédie la décrit déjà comme une excellente soprane ayant sacrifié sa carrière professionnelle pour son mari bien-aimé. 
  7. Dans un autre registre, mais pour montrer combien notre perception historique influence la musique d’une époque – ou serait-ce l’inverse ? – pourquoi Stanley Kubrick illustre-t-il Barry Lindon avec Hændel et Schubert ? Au delà du propos cinématographique, son génie est d’avoir deviné la perception faussement romantique que nous avons gardé de cette époque. (Même s’il justifie ce choix par le caractère plus classique que romantique de cette œuvre, ce qui peut également se discuter 
  8. Pour Straub et Huillet, le cinéma n’est pas l’art de l’image ou de l’espace, mais l’art du temps. C’est pour cette raison, selon eux, qu’il fonctionne mieux avec la musique. Le film lui-même prend le temps de filmer la musique, la laissant se dérouler en plan fixe ou avec de légers mouvements. S’affirmant influencés par Dreyer, Murnau et Mizoguchi, les réalisateurs peuvent dérouter les spectateurs d’aujourd’hui. C’est une sorte de documentaire qui aurait été fait à l’époque. Comme les autres films de Straub et Huillet, il ne fait aucun compromis. 
  9. Auquel suivra dans un enchaînement des plus émouvants du cahier la berceuse du réconfort Ich habe genug (Je suis rassasié).  

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